lundi 17 mai 2010

Rencontre avec Audrey et Yoshi in Tokyo


Rencontre avec Audrey Fondecave Tsujimura, une jeune artiste française installée au Japon depuis presque 10 ans. Artiste et activiste artistique, elle porte à merveille ses nombreuses casquettes, d'artiste peintre à Djette adulée de la scène Tokyoïte, en passant par son métier d'éditeur ou d'animatrice radio... Elle me reçoit chez elle, dans une enclave verte du grand Tokyo, pour une interview décontractée sur la terrasse.


Comment te présenterais-tu Audrey ?

Je suis artiste, je vis et je travaille au Japon . Je suis aussi éditeur pour le magazine Ok Fred, qui n'est pas qu'un magazine, en fait, c'est aussi une émission de radio, on organise aussi des évènements, des expos. Là nous travaillons sur la création d'un nouveau magazine qui s'appellera Much... et qui abordera aussi des problèmes de société, parfois on publie aussi des livres.

Raconte nous comment ou pourquoi tu as atterri au Japon?

Après avoir fini les Beaux Arts à Marseille, je suis allée un an à la fac d'Aix en Provence, et à la fin de mes études j'ai obtenu une bourse pour étudier un an à Osaka à l'université des langues étrangères. Je suis donc venue en tant qu'étudiante, j'étais censée rentrer, j'avais mon billet de retour, mais je ne l'ai pas pris. Je suis allée à Tokyo à la place. La première année est très difficile surtout quand tu ne connais personne, et que tu dois gérer le visa et tout surtout quand tu es artiste. Et puis j'ai rencontré Yoshi qui faisait le magazine, puis j' ai trouvé une galerie qui a commencé à m'exposer, donc voilà après tout s'est enchainé, j'ai eu plusieurs collaborations avec des marques de mode, qui utilisaient mes œuvres, des galeries …

Est ce que tu as l'impression que c'était plus facile du fait que tu sois française?

Il y a eu des parties plus simples et d'autres plus compliquées...

Ce qui a été compliqué bien sur c'était le visa, pour pouvoir travailler. Mais c'est plus facile dans le sens ou ils me trouvent exotique ici, ils ont cette passion pour la France donc effectivement au niveau de l'art ils vont avoir beaucoup d'intérêt pour ce que je fais.

Mais c'est plus difficile qu'en France car le Japon n'est pas une société qui aide les artistes.

Les acteurs dans ce milieu là, mode, zik, arty...ce sont plutôt des étrangers, des japonais ?

Il y a des deux, il y a beaucoup de japonais et beaucoup d'étrangers qui viennent ici. Tous les soirs il y a des ouvertures, des vernissages...il y a une grosse demande pour l'étranger. Comme le japon est une île, ils combattent cette fermeture en important tout ce qu'ils peuvent, c'est pour ça qu'ils sont friands de musique et que tu peux trouver tout ici et en art c'est pareil.


Est ce qu'il y a vraiment un milieu alternatif /underground?

Oui il y en a plusieurs, c'est quand même énorme Tokyo. Il y en a pour tous les goûts ici. Et quand ils sont fans ils le sont vraiment, ils vont vraiment créer un mouvement, ça se traduit par des fêtes, des concerts, des expos, des festivals.

Donc il y a une grosse représentation des musiques internationales, il y a aussi un énorme quantités de magasins de disques, de labels...

Je pense que c'est du à cette envie de savoir ce qu'il se passe dehors. Ils sont assez complexés de l'étranger, par exemple il y a un magasin de disques, Bonjour Records qui ne vend que de la musique étrangère, il ne présentent aucun artiste japonais, des magazines aussi mais rien de japonais. Et à l'inverse, il y a des japonais qui ne soutiennent que des groupes japonais, voir par région, d'Osaka ou d'autres..

c'est vrai que Shibuya est l'endroit où il y a le plus de magasins de disques au monde. On trouve tout ici.

Il y a beaucoup de gens dont le métier est d'être acheteur (buyer), qu'on envoie à l'étranger, ils rapportent tout ce qui sort. Il y a une vraie demande. Les fans ont une attitude de collectionneur, ils veulent tout avoir.

On avait fait un reportage pour le magazine OK Fred sur un mec qui a un label à Osaka, Em Records, qui est un collectionneur d'un magazine de musiques expérimentales créé aux USA et qui n'a duré que 5 ans, le magazine s'appelait SOURCE. Et lui possède tous les numéros, alors qu'avoir un seul exemplaire coute une fortune et que ca peut prendre des années pour tous les avoirs.

Y a t'il une économie liée à ce milieu? On peut gagner de l'argent ici avec la musique?

Honnêtement je sais pas, spécialement dans le milieu underground... les japonais n'ont pas d'aide d'état pour les professions artistiques donc les artistes, pas seulement les musiciens, même les galeristes...tout le monde a un boulot juste pour vivre et font leur boulot d'artiste à coté.

Quand tu regardes les myspace des artistes, tu te rends compte que Tokyo est le passage obligé de tous les artistes internationaux qui commencent à tourner. Parfois, tu ne les vois même pas passer en France.

Oui les japonais sont très fiers de ça. Comme d'avoir eu Madonna ou Lady Gaga récemment. Ici ils vont acheter les places quelque soit le pris de la place. Les japonais se plaignent rarement donc ils ne vont jamais dire c'est trop cher, ils vont se débrouiller pour acheter la place.

Mais c'est vraiment difficile d'organiser des Japan Tour pour les groupes underground, on a organisé pas mal de tours. Ce n'est pas comme aux Etats Unis où tu vas faire plein de petites villes...Ici tu n'as vraiment pas d'aide, il n'y a pas autant de dates, donc ça rapporte peu. Mais les gens veulent les voir, donc on organise.

Alors y a les artistes qui viennent tourner et ceux qui restent... comme toi. Selon toi pourquoi?

En ce qui me concerne, j'avais envie de déménager de la France, de voir autre chose … Et c'est un pays tellement différent, au niveau de la langue, de la culture, c'est fascinant...il faut un certain temps avant de comprendre et tu ne te dis pas au bout d'un an c'est bon j'ai fait le tour. Moi au bout d'un an, je me suis dit je n'ai rien vu, je ne connais rien et j'ai eu envie de rester. Maintenant ça fait presque 10 ans que j'y suis. Je connais et maintenant je pense à bouger, pourquoi pas aux Etats Unis?

Tu crois qu'il y a une attraction réciproque, un coup de foudre?

Il y a une attraction réciproque, ils nous trouvent fascinants, et on les trouve fascinants.

Par exemple, vis à vis de mon art, ils me trouvent intéressante et moi comme je trouve le Japon très fort, forcement, j'intègre des éléments dans ma peinture , et du coup aujourd'hui des étrangers pensent que j'ai un coté japonais dans ma peinture...

Ce que j'aime maintenant c'est travailler entre la France et le Japon, j'aime faire des échanges.

Ramener ici par exemple des artistes français, faire des émissions de radio... Il y a aussi des gens qui me consultent pour connaître des artistes japonais ou des artistes français.

Parle moi un peu de ton émission ?

La radio, OK Fred en fait est un podcast donc c'est écouté de partout. D 'ailleurs je ne suis pas certaine qu'on soit plus écouté au Japon. On est à 3, il y a Jean Snow, c'est un canadien, un bloggeur de design, il est là depuis plus longtemps que moi, il a un des blogs de design les plus consultés. Et il y a Yoshi, qui lui ne parle pas, mais il passe des trucs pointus, et enfin il y a moi. On parle en anglais, en français, en japonais. Nous avons parfois des guests, ou aussi des gens qui nous font des mixes, et c'est ouvert à tous les styles. Très ouvert, globalement mais pas du mainstream.


Vous passez aussi de la musique japonaise? Comment faites vous pour les sélectionner?

En fait comme on écrit, les labels nous envoient des demos. Il faut aller chez les disquaires aussi , regarder les flyers, les myspaces.

Le Japon rayonne avec sa Jpop, mais y a aussi d'autres scènes connues? Sympas?

Oui nous on est pas du tout Jpop, mais il y a d'autres scènes, electro, un peu folk, il y a une grosse scène noise, il y a aussi pas mal de trucs qui sont très visuels, proches de la performance.

Petite parenthèse, tu mixes en plus, racontes?

Je mixe quand on m'invite, je ne m'impose pas, je mixe dans des clubs, beaucoup dans le quartier gay, le week end prochain je mixe a ageHa, un des plus gros clubs de Tokyo

Qui te booke?

Si c'est de l'événementiel, ils me demandent, sinon c'est le bouche à oreille...

Un top ten ?

On demande à Yoshi, ce sera plus pointu, moi je te parlerai de coups de coeur.

En ce moment j'écoute des trucs que je joue dans les fêtes comme Plaisir de France, ou Noah and the Whales...Milkymee, Broken Bells, mais je suis assez excessive, j'écoute beaucoup en boucle quand quelque chose me plait.







Petit Bonus: le Top eleven de Yoshi :


Mademoiselle Yulia

Dex Pistols

Perfume

Ooru Taichi

Cornelius

Reiharakami

Aoki Takamasa

Chihei Hatakeyama

Altz

Afrirampo

Shugo Tokumaru

Un petit mix des quelques suggestions de Yoshi:


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